Glastonbury est un bourg médiéval où gît la tombe présumée
du roi Arthur. C’est dans l’abbaye bénédictine, éprouvée par le feu et en proie
à de gros problèmes financiers, que fut découverte en 1190 la tombe du roi
Arthur, avec une superbe inscription en latin, et à côté des os présumés du roi
et les reste d’une chevelure dorée identifiée comme celle de Guenièvre .
Aujourd’hui, c’est devenue une ville plus touristique qui
entretient le mythe arthurien avec ses boutiques, ses babioles à vendre dans
toutes les rues…Il y a de nombreuses légendes, et cela excite les esprits. Le
mythe attire la secte, d’autant plus qu’il est sacré. Le site de Glastonbury
est niché au pied d’une colline incongrue, presque choquante dans ce plat pays.
Avec ses terrasses circulaires, sa tour carrée, elle paraît artificielle. Un tumulus ?
En fait une anomalie géographique due au grès qui la compose, plus dur que le
calcaire environnant. Au Moyen-Age la plaine totalement inondée était peuplée
de villages lacustres. La colline, le « tor », dit-on en dialecte,
émergeait seule, noyée de brumes, fantomatique. Est-ce l’île d’Avalon, le
paradis lointain des légendes celtiques ? La seule certitude est que l’abbaye
établie au pied de la colline est un très ancien centre de culte, longtemps
vénéré comme le lieu le plus saint de Grande-Bretagne. Aujourd’hui, il n’en
reste que des ruines, cachées derrière la mairie. Elles ne passionnent pas les
néomystiques.
Au
sommet, on se rend compte que le château dont on admire les ruines n’est pas
celui d’Arthur. Il a été construit bien après, vers 1230. A quelle
« citadelle » peut donc faire allusion Geoffroy de Monmouth, un
siècle auparavant ?
Il
y avait bien, au VIè siècle, une place forte, probablement la résidence d’un
personnage important, qui vivait encore à la mode romaine et commerçait avec
toute la Méditerranée. En témoigne l’abondance des poteries découvertes en
provenance de Rhodes, de Tyr, de Carthage, etc. Peut-être un roi ?
En
1998, une équipe a découvert, au bord du précipice, une tuile qui a fait grand
bruit. La « pierre d’Arthur » était gravée d’une inscription en latin
qu’on a hâtivement traduite par : « Arthur a fait faire
cela »…Grand émoi chez les érudits. Etait-ce la preuve, la fameuse
preuve ? Hélas, l’émotion était prématurée. Les ethnologues font assaut de
prudence. La pierre est un morceau d’ardoise cassé, de trente centimètres de
côté, sur laquelle on distingue, sous quelques caractères romains, ce qui
ressemble à un graffiti : PATER COLLIAVI FICIT ARTOGNOV.
L’inscription, dont il manque les terminaisons si précieuses en latin, peut se
traduire approximativement par : « Artognou, père de Colli, a fait
faire cela. » Artognou, en vieux celte, veut dire « ours
cornu », pas Arthur…
Le
mystère réside et avec lui la poésie. Les savants ont beau faire, les poètes
gagnent toujours. Jean Cocteau n’écrivait-il pas en 1937 dans « Les
Chevaliers de la Table Ronde » : « Et les choses lourdes
deviendront légères et les choses légères deviendront lourdes et le Graal
cessera d’être une énigme et le sens de ce qui était obscur se déchiffrera »…